‘Bis’ parce que le 12 février de cette année, j’avais déjà écrit un Billet sur cette question. Mais à cette époque, la lumière augmentait face à l’ombre, presque deux mois après le solstice.
A la dernière séance de dessin, le 1er jour de décembre, nous avons prolongé la question du plein et du vide, thème proposé à la séance précédente, par celle de l’ombre et de la lumière.
Au départ de tel ou tel scan, j’ai suggéré de dessiner les blancs entre les personnages. On les a dessinés à la ligne : la ligne doit entourer chaque zone blanche qui, en principe, se trouve isolée des autres.
Ensuite, on est passé au dessin ‘à la masse’ : avec un pastel blanc, on a dessiné les vides en blanc sur du papier noir ; pastel tenu sur la tranche pour obtenir une zone la plus homogène possible, une zone ainsi neutralisée.
Ensuite, on s’est amusé à faire de même au départ de l’image de l’ombre d’une chaise obtenue grâce à l’aide d’un projecteur. L’ombre projetée sur le mur est ainsi très homogène alors qu’il peut y avoir toutes sortes de reflets sur la vraie chaise…
Pas évident pour les novices participants à l’atelier.
Il y a le risque d’être vite perdu à propos de la position d’un vide par rapport aux autres. Le dessin normal, du plein, positionne automatiquement les différentes parties du modèle. Les vides sont indépendants les uns des autres… tension d’esprit ; trouver des trucs pour se repérer… bref on active la mémoire visuelle ; c’est aussi un des buts de cet exercice.
On a vu que l’ombre révèle la lumière. Rembrandt, le Hollandais, fut le champion de ce jeu, notamment par ses autoportraits tout au long de sa vie.
On a approfondi encore l’expérience : on a découvert qu’une zone claire contigüe d’une zone sombre, apparaît plus claire que les autres zones non dessinées du même papier, les marges par exemple.
Le noir révèle la blancheur. La lumière est d’autant plus forte qu’elle est proche du sombre.
Nous nous rendons compte ainsi que l’œil n’est en fait qu’un intermédiaire, une lentille. C’est le cerveau qui, vraiment, fait l’image et donc renforce le contraste.
Pierre Soulages, le grand artiste du noir, qui a son musée à Albi, souligne que ses noirs donnent la lumière. Ses noirs font de la lumière une matière. La lumière sort du noir.
Christian Bobin célèbre Soulages dans son petit livre Pierre,, paru chez Folio.
Tel ce petit extrait : « Le goudron du chemin réveillé par la pluie t’en apprendra plus sur toi que tous les livres saints. Vois comme il attrape la lumière. Vois comme il joue avec elle sans la retenir » (p. 17).
Avis aux marcheurs en ces temps d’ombre.