Ou dessiner le plein par le vide ; ou dessiner en négatif…
Lorsqu’on dessine une chaise, on dessine des barreaux, une assise, bref tous les éléments matériels qui structurent ladite chaise.
Il s’agit ici de dessiner la chaise ‘en inverse’, en quelque sorte dessiner le négatif de la chaise, ce qui n’est pas la chaise…
La chaise était placée devant la fenêtre de l’atelier.
Pas évident de faire comprendre cette consigne.
Spontanément, nous voyons les pleins. C’est pourquoi, nous considérons que les espaces entre les barreaux… sont des vides.
En outre, nous voyons les pleins d’autant plus qu’ils sont sombres… noirs.
Lorsqu’on regarde un paysage, le plus sombre, ou le plus vif en couleurs, est ce qui est plus proche. Plus ce que l’on regarde est atténué, voire devient évanescent, plus il est éloigné.
Dessiner les vides, c’est en quelques sortes, comparable à une photo en négatif… mais on ne connaît plus maintenant cette expérience puisque la méthode traditionnelle de développement de la photo, qui produit d’abord des négatifs, est devenue l’affaire de spécialistes.
Dessiner les vides est difficile.
En fait, cela permet aussi de stimuler la mémoire visuelle.
Dessiner la chaise par les vides suppose de mémoriser mentalement l’image de la chaise pour savoir où placer le deuxième vide par rapport au premier, le troisième par rapport au deuxième et ainsi de suite.
On fait ainsi d’une pierre deux coups : repérer les vides, les situer les uns par rapport aux autres… et, étonnamment, la chaise va apparaître sans que j’aie voulu la dessiner directement !
C’est d’ailleurs ainsi que, si vous ne parvenez pas à dessiner un motif qui vous surprend, par exemple un raccourci (dessiner un bras qui vous est présenté, le coude en avant), vous aurez plus de chance de le saisir par le vide c’est-à-dire de dessiner ce qui est autour du bras.
J’ai proposé de dessiner les vides à la ligne.
Un participant astucieux les a dessinés par le plein. Il a en fait représenté les vides comme des surfaces noires, la structure de la chaise apparaissant en blanc.
Ce serait la même démarche si l’on dessinait les vides avec un pastel blanc, sur du papier noir. On obtiendrait une image en positif, mais l’exercice serait tout aussi stimulant.
Outre la question d’apprendre à voir qui est ici poursuivie, des questions se posent à propos de cette approche.
Pourquoi considère-t-on comme des vides les espaces entre les barreaux de la chaise, ou les vides entre les mailles d’un treillis, ou entre les structures d’acier qui constituent un pont ?
C’est probablement parce que l’on s’attache à l’objet à dessiner. Si l’on peut donner un nom à cet objet, on se focalisera sur lui seul et le reste sera … du vide… bien qu’à l’arrière-plan beaucoup de ‘choses’ existent, qu’en fait, on ne voit pas…
Le vide serait donc ce que l’on ne (sait pas) nomme(r) pas, ce que l’on ne reconnaît pas.
Sur les cartes anciennes, il y avait des zones blanches, c’est-à-dire, des espaces inexplorés, inconnus. Nous leur donnons une connotation négative, la civilisation ne les a pas atteints ! Imagine-t-on qu’il puisse y avoir encore des zones blanches sur la carte de la France ?
Dessiner les vides au travers de la chaise, permet donc de se rendre compte qu’il y a toutes sortes d’autres choses au-dedans et autour.
A vous de dessiner maintenant une chaise (ou une belle feuille d’érable posée sur une feuille blanche, comme je l’avais proposé à la séance précédente) par le vide…