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 Le 2 février prochain, à la Chandeleur, nous allons reprendre l’atelier de dessin.  

« La veille…, l’hiver prend fin ou prend vigueur ; si tu sais bien manier la poële, à toi l’argent en quantité… »

Nous aurons déjà récupéré une heure et demie de lumière depuis le 21 décembre ; il faut donc fêter cela.

 

La montée de la lumière devrait nous aider à mieux voir.

 

Voir qui, quoi ?

Pour dessiner, il s’agira de choisir un modèle : un bel (?) objet, une nature ‘morte’, un cadre de vélo – il n’est pas rare d’en trouver, abandonnés – ou plutôt du vivant,  une ‘belle’ plante, une main, un pied, un visage… un regard.

 

Je ne puis m’empêcher de rappeler la rencontre du chien patou dans mon BH du 19 octobre 2020 : A l’été 2019, descendant à pieds du col de Mary, venant d’Italie en direction de Maljasset en Ubaye, une pancarte bien rédigée nous avertissait que nous allions rencontrer des chiens patous, protégeant du loup la bergerie du Mary. Il y était précisé « Arrêtez-vous ; Quittez vos lunettes et baissez les yeux ; Baillez ; Restez calmes ».

Les patous sont élevés au milieu des moutons sans contact physique avec l’homme ; ils sont en quelques sortes des chiens-moutons.

 

Et je viens de relire le magnifique livre de Nastassja Martin, Croire aux fauves (éditions verticales, octobre 2019) où l’autrice, anthropologue ayant choisi comme terrain les Evènes vivant dans l’extrême nord-est de la Sibérie. Elle y rencontra un ours, ce qui faillit lui être fatal. Leurs regards se croisèrent mais l’ours l’a agressée et lui a abîmé une partie du visage…

 

Si vous avez un chat ou un chien, vous savez qu’il n’est pas indifférent de le regarder dans les yeux.

 

On est généralement bien d’accord que l’échange des regards entre humains n’est pas neutre. Il ne le serait donc pas non plus entre l’humain et l’animal que nous qualifions de non-humain.

Comme l’exprime Nastassja M., il ne s’agit pas seulement de correspondre par l’échange des regards, il s’agit plutôt d’une résonance. Entre elle et l’ours, « il y a eu nos corps entremêlés, il y a eu cet incompréhensible nous, ce nous situé bien en deçà de nos existences limitées…Je retourne ces questions dans ma tête. Pourquoi nous sommes-nous choisis ? » (p.85)

 

A propos des chats (en tous cas), l’on sait que de jeunes chats nés dans la nature – je ne parle pas du Felis sylvestris, le chat sauvage - qui n’ont pas été touchés physiquement par l’homme, ne seront jamais domesticables.

 

Mais, à propos de l’ours, du patou, de notre chat ou chien… nous avons une certaine opinion de l’animal en question mais Nastassja M. se demande quelle est son opinion à lui, sur nous ?

C’est par l’agression que s’est résolue sa relation avec l’ours sauvage. Mais pour l’anthropologue, c’est l’occasion de s’interroger sur les motifs qu’elle pouvait avoir de tenter ce genre de relation. Par son écrit, elle tente des explications. Elle semble en tout cas refuser l’explication par le hasard.

 

Un proverbe chinois dit que pour dessiner un chêne, il faut se faire chêne. Bref, il faudrait entrer dans le modèle. Si vous tapez cette phrase sur internet, la sylvothérapie vous est suggérée. Mais, manifestement, vous ne serez pas indifférent à propos du choix de l’arbre que vous choisirez pour dessiner. Pour dessiner de manière vivante, il faut des modèles vivants ?

 

Mais si nous choisissons un modèle humain, la situation semble se compliquer : l’échange des regards joue un rôle essentiel…

Dans mon précédent Billet du 15 janvier, j’y faisais allusion : dans son dernier livre Si les dieux incendiaient le monde, Emmanuelle Dourson évoque le jeu du regard : « Chaque membre de la famille ne recevait le privilège de voir que si un autre membre lui offrait le regard ».

 

Depuis bientôt deux ans, nous vivons masqués. Il faut donc tabler sur nos seuls yeux pour voir et être vu, si l’on est modèle…

Heureusement, nos masques anti-covid ne couvrent pas la partie supérieure de notre visage. Qu’en serait-il si l’on proposait à un modèle vivant de poser avec un masque qui lui couvre l’entièreté du visage.

Je pense ainsi au masque blanc des gilles de Binche, le matin du mardi gras pour se rendre à l’Hôtel de Ville. Masque neutre parce qu’il est sensé gommer les différenciations sociales. Masque neutre qui permettrait d’éviter des relations d’agressivité ? Et l’on a annoncé hier qu’à nouveau, ils ne sortiraient pas cette année.

 

Mais dans Le Soir de ce jour (le 26 janvier), la Chronique de Julie Huon traite du Combat dans l’œil : la difficulté de se regarder dans les yeux, la difficulté de parler en se regardant… Il ne s’agit plus seulement de voir – regarder mais de tenter d’y ajouter la parole…  qui « sert souvent à dissimuler, par timidité, pudeur, faiblesse ou calcul, notre personnalité. Alors que les yeux eux, ne mentent pas. Après tout, ne dit-on pas qu’ils sont le miroir de l’âme ? »… seulement de l’humain ?

 

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Jorge et Yves

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