Merci à Stanislas d’envoyer ses bons vœux à tous les adeptes de la ligne continue.
Cette phrase, sorte de mantra pour apprendre à voir…
… sorte de défi que l’on se donne : pour dessiner un modèle, d’abord bien le regarder, choisir un parcours de l’œil, le suivre ensuite sans s’interrompre - sinon on ne regarde plus, on réfléchit et le dessin est ‘menacé’ – regarder le modèle plutôt que le papier sur lequel on trace…
Astuce pour voir le modèle dans sa globalité, ce modèle que l’on choisit de dessiner. Sinon, on va dessiner ce que notre mémoire a emmagasiné. Etre comme le jeune enfant qui découvre un monde nouveau.
La ligne continue, ce n’est toutefois pas la ligne droite.
Celle-ci n’existe pas chez les végétaux, les animaux, les humains…
D’ailleurs, on n’aime pas trop dessiner une chaise moderne, un cadre de vélo, un aspirateur, bref la plupart des objets que l’esprit rationnel de l’homme a inventés. Il y a plus de plaisir à dessiner une main, un végétal …
C’est comme pour la marche : marcher sur une route macadamisée, droite, ne donne pas le plaisir qu’il y a à marcher sur un sentier avec les accidents qui lui sont propres, avec le massage des pieds qui en résulte.
A propos de la marche, la ligne droite n’est généralement pas la plus courte pour relier deux lieux.
Lorsque je raconte une randonnée, dans la plupart des cas, il m’est demandé combien de kilomètres j’ai parcourus. Impossible en fait d’y répondre. C’est en durée de marche que je réponds.
En terrain accidenté, en montagne particulièrement, les montées et les descentes rendent impraticables la ligne droite. Plus la déclivité est importante, plus il y a de colimaçons ou plutôt de sinuosités, plus le parcours est long pour atteindre le col… à moins que l’on aie creusé un tunnel pour le franchir.
C’est une des premières leçons que j’ai apprises lors de notre première randonnée dans le Queyras : je m’étais fixé une étape mais… j’ignorais l’importance des courbes de niveaux. J’ai appris qu’en essayant de rester sur la même courbe, la marche était moins fatigante que de vouloir prendre des raccourcis. C’est tentant à la descente mais … attention aux chevilles !
Suivre les courbes de niveaux, c’est accepter des détours ; la ligne reste bien sûr continue.
En ce temps de pandémie, nous expérimentons depuis deux ans une forme de randonnée ; il faut bien tenir le coup. Et plus la pandémie se poursuit, plus il faut l’envisager dans le long terme. Certains observateurs du fonctionnement de notre Codeco commencent à considérer qu’il devrait en être ainsi.
Ainsi font les grands randonneurs. Quand le corps est rodé, un équilibre s’installe… et l’interruption fatigue plus que la continuité.
On n’est évidemment pas là dans la performance. Celle-ci est de l’ordre des marathons ou du trail qu’il faut courir au plus vite.
Ainsi lorsqu’on dessine, il faut tracer régulièrement, ne pas accélérer lorsque se présente une ligne droite ; saisir cette occasion pour prévoir…
D’ailleurs, lorsqu’on marche, on ne regarde pas ses pieds… sous peine de tomber.
En dessin, en randonnée, la ligne a été choisie par l’artiste, par ceux qui ont tracé les chemins au cours des âges.
Même les topoguides des sentiers de GR évaluent la durée normale d’une étape ; mais l’on sait, avec l’expérience, qu’il s’agit d’une moyenne, bien sûr sans les interruptions qui se pratiquent. Qui réalise la moyenne ? Qui est le randonneur moyen ?
Sera-t-on meilleur si l’on a réussi la moyenne ou si l’on a pris du plaisir ?
Il ne s’agit toutefois pas de ‘suivre la ligne’ ; il ne s’agit pas d’’être dans la ligne’, de rester dans la ligne. Il s’agit , en dessin, de choisir la ligne.
La lutte.