Apprendre à dessiner une tête, c’est un peu le pont aux ânes en dessin.
J’ai apporté la tête, photo ci-dessous, pour la dessiner ; sans doute un moulage.
Il s’agit d’une tête d’un homme adulte, qui semble assez serein – c’est déjà une interprétation ! - bien en chair.
L’avantage pour certains est l’absence de coiffure, avantage pas si sûr : il faut saisir la ligne du crâne, d’un trait ni trop lent ni trop rapide, selon la consigne du cerveau droit ; c’est le cas de le dire…
S’il y avait des cheveux, on pourrait s’y perdre, ou l’on pourrait s’y attarder, en prendre prétexte, on pourrait enjoliver ; c’est d’ailleurs cela que recherchent beaucoup d’entre nous en ce qui les concerne, mais bien sûr pas les chauves.
La tête modèle n’est pas tout à fait rasée, donc il y a prétexte à la garnir ; ce que n’a pas manqué l’un d’entre nous… mais cela traduisait une hésitation à poursuivre son dessin… donc oubli du cerveau droit.
Si la tête avait été celle d’un bébé, la surprise eut été forte. Une tête de bébé, cela a une forme très spécifique. Je dois chercher loin dans ma mémoire pour m’en souvenir.
Si la tête avait été celle d’un chinois ou d’une mongole, ou d’un Africain – je parle pas de certaines têtes allongées que l’on voit au musée de Tervuren, à propos desquelles on estime qu’il est souhaitable de les restituer à leur pays d’origine – ce serait tout aussi désarçonnant qu’une tête de bébé. Il y a du risque à dessiner l’étranger.
Si on laisse aller son crayon, on dessine ce que l’on sait, sans s’en rendre compte, on dessine sa propre tête ; la fameuse différence entre le savoir et le ça voir… .
Il y a le crâne et, bien sûr, il y a la face… mêmes questions, mêmes pièges.
La tête que j’avais amenée était placée au milieu de la table.
Certains la voyaient de face, d’autres de côté, d’autres encore ‘seulement’ la nuque. Il a fallu que je la fasse tourner car dessiner la nuque n’a – n’aurait ? – rien d’intéressant. Donc, on a aussi réalisé une série de poses en faisant tourner la tête…
Dessiner de profil est la pose la plus aisée ; il n’y a qu’à tracer une ligne, sinueuse bien sûr, de bas en haut, de haut en bas ? C’est le souvenir de touristes, éventuellement découpé dans du carton, que l’on ramène classiquement quand on va à Prague, à Vienne, à Venise, quoiqu’il y a là les masques…
Dessiner la face, c’est le plus piégeant ; c’est compliqué ! Surtout le nez ? Si je propose aux participants de se dessiner mutuellement, attention au nez !
Mais attention aussi au front !
Jusqu’où va-t-il ? S’il y a des cheveux, cela se voit ; s’il n’y en a pas…
Il faut alors revenir au cerveau gauche, se rappeler quelques proportions : vu de face, le nez prend un tiers de la hauteur du visage, depuis le bas du menton jusqu’à la racine des cheveux. Mais le creux entre le nez et le front – ce que les Grecs n’auraient pas, leur nez étant dans la ligne du front - est à la moitié de la hauteur de la totalité du crâne. Le front est souvent oublié malgré le fait qu’il paraît que c’est là que se loge l’intelligence.
Heureusement, on privilégie la face elle-même et toutes ses mimiques ; c’est évidemment ainsi que l’on communique… mais depuis déjà deux ans, avec le masque, on doit se contenter des yeux et du front… et selon le cas, de la chevelure…