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La lâcher-prise

Dessiner c’est tracer le mouvement de l’œil…

 

Habituellement sur papier, mais quelques artistes se sont sentis plus libres : les tracés sur le sable de Raoul Ubac ; les tracés de Gaston Chaissac qui, assis, dessinait sur la feuille placée à sa droite sur le sol, feuille qu’il ne pouvait donc voir…

 

… mais il s’agit quand même d’arriver à ce que le spectateur reconnaisse le modèle.

 

L’autre jour à l’atelier de dessin, j’ai guidé oralement la main d’une des participantes. Je lui donnais le rythme, pas trop vite – ce n’est pas parce que c’est une droite qu’il faut se précipiter - pas trop lentement, ne pas s’arrêter (sinon on réfléchit) ; les autres participants entendait mes injonctions ; un rythme s’installait ; c’était le silence… mais l’œil ne lâchait pas la ‘proie’.

 

Celle-ci était une tête en plâtre, résultat d’une empreinte faite sur un modèle vivant …

 

Bien regarder d’abord, tracer mentalement, décider d’un point de départ.

Une fois que l’on trace réellement, on ne s’interrompt pas… sinon le dessin est ‘menacé’ ; on dessine ce que l’on sait … on passe du ça-voir au savoir.

 

C’est un peu comme au début d’une séance de Yoga : l’animatrice nous suggère un rythme de respiration, le regard vers un point fixe ou les yeux fermés, tel que le cerveau qui est un chien fou, finisse par se calmer.

 

C’est comme lorsqu’on marche, on ne regarde pas ses chaussures…

 

C’est sans doute aussi comme le pianiste qui ‘fait ses gammes’. Il ne regarde pas le clavier ; il n’a pas besoin de savoir qu’il joue un do, un mi… il a besoin d’entrer dans un rythme.

 

Tel auteur, Fréderick Franck dans L’œil du Zen (Ed du Cercle, 1991), appelle cela le dessin vivant ; tel autre le dessin avec le cerveau droit ; tel autre encore le dessin intuitif…

Et quand on regarde les grands artistes, Cézanne, Mondrian, Delvaux, Picasso, Giacometti, Hockney (qui, conscient, s’est interrogé sur le ‘secret knowledge’)…ils sont passés par là.

 

Dessiner la tête de cette manière, sans interrompre le trait, cela ne prend pas beaucoup de temps. Si l’on s’arrête, si l’on hésite, c’est que l’on réfléchit. On revient vers le savoir… que l’on dessinera, plutôt que le voir.

 

Hier, lors d’une autre séance de dessin avec une modèle, sentant trop d’hésitations chez certains, voyant surtout que certains s’attardaient sur les détails de la tête, certains ne résistant pas à l’usage de la gomme, bien que je conseille de s’en passer… j’ai suggéré de commencer le dessin par un pied. Défi évidemment puisque la feuille est limitée vers le haut. Mais, il n’y a rien à perdre…

La prochaine fois, je suggérerai au modèle de mettre un masque ; on verra les réactions…

Même s’il n’est pas impossible que le codeco d’aujourd’hui en assouplisse les conditions d’impositions ; lâcherait-il prise ? Le carnaval est proche.

 

La lâcher-prise

 

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