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Du masque au voile ou du voile au masque.

Difficile d’échapper au débat de ces jours-ci sur le foulard qui serait un signe convictionnel et favoriserait ainsi les mésententes entre citoyens.

 

Lorsque j’étais jeune, dans ma bonne ville, - par ailleurs haute en couleurs pour son folklore que l’on vient de fêter dimanche dernier pour la seconde fois en katimini - nous croisions, sans problème, dans les rues :

 

-       les capucins dans leur bure brune, pieds nus quelque soit la saison ; on voyait, disions-nous, les artoiles des capucins ;

-       les soutanes noires des curés et des jésuites ; le col toutefois les distinguait : celui des curés affichait le petit carré blanc ; celui des jésuites était fermé, plus strict sans doute !

-       les sœurs dont les congrégations se distinguaient selon leurs coiffes, les guimpes de l’époque – ; les plus visibles étant les sœurs de saint Vincent de Paul, avec leurs grandes cornettes que Louis de Funès a mis en jeu en 2CV dans la La Grande Vadrouille

-       dans telle et telle abbaye de notre Wallonie, les moines noirs ou blancs portaient le capuchon, particulièrement d’ailleurs en période hivernale.

 

Ces soutanes… que l’on portait dans le temps, sans trop se poser de questions - d’ailleurs cela ne gênait pas tel ou tel passant de converser avec le capucin qu’il croisait en rue… - autre chose lorsqu’il s’agit du magistrat dans son Prétoire…

 Bien sûr aussi, en dehors de la sphère religieuse, différentes professions se distinguaient pas un uniforme : aux Chemins de Fer, les Facteurs, les Agents de Police…

 Toutefois, les métiers du monde de la Justice le portaient en principe seulement au Prétoire ; ainsi l’autorité qu’il pouvait ainsi représenter,  était limitée aux seuls justiciables.

 

Tel ou tel de nos professeurs portaient un tablier gris pour donner cours, en principe pour se protéger des salissures de la craie, mais cela leur donnait une certaine stature. Les enseignants Jésuites étaient, eux, en soutane.

Les élèves, particulièrement dans les écoles de filles étaient en uniforme, différents cependant selon qu’il s’agissait des sœurs de Notre-Dame ou des Ursulines.

 

Je me souviens aussi que dans la nouvelle ville universitaire proche de mon domicile actuel, voici déjà quelques années, on apercevait un Dominicain parcourant la rue principale en lisant son bréviaire et en grand habit, noir et blanc, de son ordre. A ce moment, cela m’est apparu incongru dans le contexte de cette ville nouvelle.

Il y subsiste le cérémonial des rentrées académiques et autres remises de diplômes d’honoris causa où la toge se porte pour les professeurs.

Mais ceux-ci ne porteraient plus le vêtement de leur rang comme on peut le voir dans La leçon d’anatomie du docteur Tulp peinte par Rembrandt en 1632, ou dans les représentations du Malade Imaginaire créé en 1673 par la troupe de Molière.

 

Dans l’hôpital actuel, la tenue est imposée pour des raisons évidentes d’hygiène. Ce n’est cependant pas très ancien : « C’est au 19è siècle qu’Ignace Semmelweis lance la théorie hygiéniste du lavage de mains. En 1846, ce médecin hongrois constate un fait surprenant. Dans l’hôpital de Vienne où il officie, il y a deux maternités : dans l’une d'elle 3% de femmes meurent en couche, dans l’autre... 10 à 40%. La différence ? Dans la maternité qui enregistre le plus de décès ce sont des étudiants en médecine qui réalisent les accouchements et, comme lui, ils dissèquent aussi des cadavres. Comprenant que c’est la cause des infections, il décide de se laver la main après chaque autopsie. » (Franceculture.fr)

 

Mais la tenue médicale joue aussi le rôle d’autorité vis-à-vis du malade.

Il me souvient d’un professeur d’histoire, chercheur dans le domaine de la santé, qui lorsqu’il réalisait ses recherches en hôpital, revêtait le tablier blanc du médecin…

 

Ne nous illusionnons pas cependant au point de croire que ces uniformes, dans les couvents, dans l’enseignement… gommaient la distinction. La démarche, une mèche qui dépasse… il existe toutes sortes de trucs pour pouvoir se distinguer…

 

Tout ce monde a disparu pour se manifester uniquement de manière folklorique dans la grande procession de ma ville d’enfance. Je faisais partie à cette époque du groupe des Beu-Beu, les visiteurs de prisons. Nous enfilions une grande tunique complétée par une cagoule noire et il n’était pas évident de nous reconnaître, quoique… 

Cela pouvait se rapprocher d’un masque comme celui que l’on peut voir par exemple à l’Hôpital à la Rose à Lessines, masque, tunique… qui évidemment avait pour fonction de protéger le médecin de l’épidémie.

 

Mais, déjà vers la fin des années 60, ces tenues du monde religieux en tout cas, furent mises en question.

J’ai connu une grande abbaye où sous l’impulsion du jeune abbé récemment élu par la communauté, l’habit ne fut plus rendu obligatoire. L’argument central était de vouloir faire tomber les barrières favorisant le cléricalisme. Mais cette réforme qui était en fait un épiphénomène d’une remise en question d’un mode de vie, entraîna par la suite une réaction de protection et de refus d’une certaine nouveauté.

Il n’en reste pas moins que dans ces lieux religieux, l’habit de chœur est maintenu… et la distanciation entre les moines et le peuple au sein même de leur église…

 

Le voile dont il est question aujourd’hui et qui va même jusqu’à interpeller notre Premier Ministre serait perçu comme un signe créant la distanciation sociale.

Bon nombre de ces personnes qui le portent, ressemblent, à s’y méprendre, aux religieuses que je voyais dans le temps dans les rues de la ville de mon enfance ; plus précisément d’ailleurs, à la tenue plus légère qui est maintenant préférée.

 

Lorsqu’il y a une quinzaine d’années d’ici, je présidais une association d’insertion professionnelle située à Bruxelles, à un moment où il s’est agi de recruter un responsable, je me suis opposé au recrutement d’une personne portant le foulard dans l’exercice de son travail qui supposait l’accueil, l’animation, relationnel, l’exercice d’une certaine autorité…Cela m’apparaissait normal…

 

Autre chose est la conduite d’un tram ou d’un métro : en quoi le foulard gênerait-il l’exercice de la fonction ? On sait d’ailleurs que le niqab est interdit chez nous.

On admet d’ailleurs plus généralement la règle selon laquelle le port d’un vêtement ne doit pas gêner l’exercice pratique de la fonction.

Mais le masque lui-même a permis à certains d’afficher leur conviction ne fut-ce que par un petit drapeau national, de leur club…

 

Que cherchent à masquer aujourd’hui tous ces débats sur le voile ? 

4 juin 2021

 

Du masque au voile ou du voile au masque.

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M
Encore une fois le retour à l'intolérance : la valeur des êtres humains et leurs qualités doivent elles être rattachées à l'extérieur. Le regard des autres devient il un fusil et un jugement sur base de leur tenue. <br /> On tolère facilement les tenues indécentes de certaines jeunes mais surtout pas de voile ???<br /> Comme dit plus haut : "l'habit ne fait pas le moine".
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M
Bonjour Jean,<br /> Merci pour ton envoi.<br /> J'aimerais rebondir sur ta dernière phrase. Il me semble, en effet, que les débats qui s'allument aujourd'hui à propos du voile masquent une insidieuse montée de l'intolérance. Et cela m'inquiète. J'y vois deux raisons.<br /> La première est la confusion qui s'installe entre l'apparence de la personne et son être profond. En cause, à mon avis, le culte actuel de "l'image immédiate", un culte alimenté par l'illusion que donne la société numérique d'avoir, sans besoin de réflexion, une réponse facile aux questions existentielles. Cela est d'autant plus fort que la mécanique des réseaux sociaux encourage la plupart du temps "l'entre soi", à l'opposé de l'esprit de mixité sociale.<br /> Ma deuxième raison d'inquiétude est que, sous couvert d'alternative, la notion de laïcité est aujourd'hui mise en avant avec une telle détermination par certains que le concept glisse lentement mais sûrement vers une "nouvelle foi". A ce titre, celle-ci ne fait que s'additionner aux autres formes d'intransigeance. Autrement dit, on se retrouve avec une religion de plus aux côtés de celles qui poseraient problème. La boucle est bouclée et la question demeure<br /> Toutes les études socio-historiques montrent à quel point les sociétés humaines ont besoin de reconnaître la coexistence et le mélange des origines et des croyances. De quelque ordre qu'ils soient, les totalitarismes n'ont jamais voulu intégrer cette évidence. Dans le trouble que nous vivons, j'espère que le monde politique n'oubliera pas que l'habit ne fait pas le moine..  
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