Ce lundi 21 juin, le solstice a eu lieu à 05:32:08 (UTC +2, soit en fait deux heures plus tôt pour l’heure solaire). C’est l’ampleur maximum de la lumière, à l’opposé du précédent solstice, le lundi 21 décembre à 11h02.
J’avais commencé mes premiers BH au moment du premier confinement, voici déjà quinze mois. A ce moment-là, on se réjouissait que la lumière revienne.
Je viens de relire les encouragements de l’une ou l’autre d’entre vous à ce sujet.
Julie, autrice de Chroniques dans un de nos journaux, avait été frappée par la saint Jean d’hiver ; « bonne fête à vous ! », me souhaitait-elle. Thierry m’avait envoyé une pensée de Gustav Jung « La clarté ne naît pas de ce qu’on imagine le clair, mais de ce qu’on prend conscience de l’obscur ».
Mais maintenant il y aura la saint Jean d’été, plus précisément saint Jean le Baptiste , le 24 juin, annonçant la descente de la lumière. Mon vrai patron est l’autre…
Cette année, ce renversement de la lumière vient au moment où l’on déconfine…
Les perspectives paraissent a priori positives ; il s’agit de prendre des vacances, de retrouver de la mobilité. On sort d’une période sombre ; l’automne de l’an dernier s’est en fait prolongé jusqu’à ce que l’on ait pu commencer à ouvrir les Terrasses, il y a seulement quelques semaines.
Avec ce solstice, j’ai pu compléter notre cadran solaire en traçant la ligne de la limite de l’ombre du stylet que donne le soleil à son maximum.
Reste à trouver une courte phrase, une devise selon l’appellation traditionnelle. Randonneur ainsi qu’un de mes amis, j’aimais celle-ci Vous qui passez, souvenez-vous en passant que tout passe comme je passe , devise que l’on peut lire sur la Maison Fine à Villars-saint-Pancrace (1773)… mais l’ami randonneur n’est plus !
M’adressant au soleil, j’ai pensé Je passe pour revenir , éternelle alternance.
Nous avons coutume de tourner la tête vers la gauche quand il s’agit du passé.
Donc après ce solstice-ci, notre visage sera éclairé lorsqu’il se tournera vers le passé mais sera assombri lorsqu’il se tournera vers l’avenir. Ainsi en est-il du double visage de Janus dans la mythologie latine. Janus était le dieu du passage.
Lorsque je tourne la tête vers la gauche, j’entrevois les Billets d’Humeurs que j’ai rédigés, depuis le premier confinement, déjà quinze mois.
C’est le bon moment de faire une pause, de voir s’il est possible d’en faire un ensemble et peut-être de rebondir…
L’Ode à la négligence que je viens de lire chez David Van Reybrouck (Odes, Actes Sud, 2021) me donne l’occasion d’une conclusion.
Il y fait part de sa totale admiration pour deux peintres dans la plénitude de leur art : Max Liebermann, l’allemand qui fréquenta l’Ecole de Barbizon, et Turner, l’anglais célèbre. Tous deux ont atteint, selon lui, « ce point de négligence, ce point où la technique fait désormais tellement partie du corps que le yeux, les mains et le cerveau se comprennent sans un mot. » (p.212).
La peinture des ruines de Llanthony Abbey que Turner a réalisée pour la première fois en 1792 à l‘âge de 17 ans, pour la reprendre quarante ans plus tard, exprime cette simplification fondamentale « savoir que moins c’est plus » (p.216), révélant ainsi la lumière, à l’image de Goethe qui, sur son lit de mort à Weimar, réclamait « Meer Licht ». L’auteur ajoutant « Comment se fait-il qu’en vieillissant, on devienne de plus en plus sensible à la lumière ? » (p. 216).