… à nouveau d’actualité puisque c’est la traduction de Pâques, la fête de ce week-end.
C’est un Billet d’Humeur, de mon point de vue, car l’incertitude est particulièrement présente cette année.
Le Passage est pour moi très ancien en dessin, en gravure. Cette belle perspective, subtil jeu de l’ombre et de la lumière, m’avait et m’inspire toujours.
Changement des saisons d’une part.
Ce qui m’a été rappelé par la récente lecture de Nagori, de Ryoko Sekiguchi, qui traite du passage d’une saison à l’autre.
Trois temps marqueraient le rythme de chaque saison : le début dans l’enthousiasme, tempéré toutefois par le regret d’abandonner la saison précédente, le rythme de croisière et la fin, un peu comme l’atterrissage d’un avion, avec l’espoir ou la crainte de la saison suivante…
Le passage printanier que nous vivons est celui de l’ombre vers la lumière.
L’une renforce l’autre. L’ombre du stylet du traditionnel cadran solaire révèle la lumière. La trahison de Judas révèle la lumière du Christ.
Janus a deux visages, ombre et lumière. Mais, où est celui du futur, où est celui du passé.
Le passé est-il derrière nous, dans l’ombre ; serait-il devant nous parce que le passé nous le connaissons mais pas l’avenir que nous n’avons pas encore vu.
D’autres cultures que la nôtre raisonnent ainsi et cela se traduit aussi dans leur langage, leur grammaire. Mais je devrais pour cela faire appel à tel ou telle spécialiste…
Mercredi soir, à la Grande Librairie, Leïla Slimani et Delphine Horvilleur en discutaient à leur manière, évoquant notamment la question du passé oublié, des fantômes.
On les tait mais ils sont toujours présents… donc ils réapparaissent à leur manière. L’écriture en est une façon, même si l’écrivain lui-même ne s’en rend pas toujours compte.
Le dialogue entre ces deux autrices fut intéressant.
Les deux tendances spirituelles qu’elles représentent (indépendamment de la question de leur croyance personnelle), connaissent en effet des affrontements explicites depuis le milieu du dernier siècle.
Les choses ont bien changé en regard de la convivialité du passé, entre leurs communautés en Afrique du Nord et au Proche-Orient, magnifiquement rendue par Rachel et les siens de Metin Arditi.
Et c’est ainsi que je ne puis comprendre quelle lecture font les chrétiens des mêmes textes – le Nouveau Testament - qui les fondent, selon qu’ils sont de l’orthodoxie et du catholicisme.
La photo diffusée d’un tueur de Boutcha posant à côté d’un dignitaire de son église me semble inacceptable. Tout cela n’est pas-sage.
Peut-être avons-nous là affaire avec deux mondes : celui d’une religion qui exacerbe les tendances nationalistes - on n’en est pas sorti sans doute à propos de tout ce monde ‘orthodoxe’ – en regard de celui d’une religion qui, dans nos pays, a mis au second plan l’esthétique de ses rites, pour donner priorité à des enjeux sociaux … ?
Il est vraisemblable aussi que, dans chacun de ces deux mondes, l’adhésion proprement religieuse continue de s’affaiblir.
Y aura-t-il trève à l’occasion du Passage de ces jours-ci ?
En randonnée, le Pas est le mot qui désigne le Col mais qui est toutefois moins utilisé que ce dernier… mais il ne faut qu’un pas pour franchir un col… pour franchir un horizon.
L’horizon est une limite – l’étymologie du mot grec - entre l’en-deçà que l’on voit, et l’au-delà que l’on ne voit pas.
Quand on arrive au col ou au pas, on domine une situation nouvelle. Une nouvelle étendue se découvre, un nouvel horizon...
L’envie de dépasser l’horizon est irrésistible. Demain, la randonnée nous conduira vers un autre col.
Mais, selon les circonstances atmosphériques, cette limite peut être soit très nette, soit insaisissable. Moins elle est nette, plus elle suggère, plus elle est virtuelle, plus elle est défi lorsqu’il s’agit de la représenter.
Elle peut donc aussi bien unifier que séparer…
Mais les humains veulent toujours faire reculer l’horizon…
Le grec Icare a voulu en changer mais…
Thessalonique, Saint Sophie.