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Le Jardin, le Parc et le Potager

La nature revit, nous sommes au printemps. Le jardin se réveille, les fleurs apparaissent et sans doute a-t-on aussi envie de bon légumes avec la variété des odeurs et des couleurs qui vont avec.

 

Il est urgent de relancer le Jardin … et nous allons visiter l’un ou l’autre d’entr’eux, jardins dits à la française. Nous espérons trouver l’apaisement après ces deux années un peu particulières.

 

« Qu’est-ce qui fait le bon jardinier , écrit Alain Baraton dans Le jardinier de Versailles (Livre de Poche, 31012, p.178-9), La condition sine qua non tient en un mot : le bonheur… Le jardin apaise : regardez comme les passants, rue de Rivoli marchent vite ! Dès qu’ils entrent au jardin des Tuileries, ils ralentissent et prennent leur temps. »

 

Le Nôtre était d’abord peintre et sculpteur ; il alla à l’école de Simon Vouet . «A 22 ans, il fut premier jardinier de Monsieur, frère du Roi. Il préfère les dentelles et les broderies végétales qu’il choisit pour le jardin du Luxembourg, ». (p. 151).

Il devait hériter du métier de son père, jardinier. A cette époque, le métier était héréditaire ; c’était une charge qui se transmettait. Il devint le Jardinier du Roy.  « Il dessine l’espace mais ne le cultive pas » (p. 163).

 

Le potager fut le domaine de Jean Baptiste de la Quintinie, fondateur du Potager du Roy.

Erudit et lettré, il ne se destinait plutôt aux métiers de la Justice. Il se passionne pour les Géorgiques de Virgile « O fortuna nimium, sua si bona norint agricolas » (trop heureux l’habitant des campagnes s’il savait apprécier son bonheur). Comme une certaine élite de l’époque, il va découvrir la culture en Italie et les fameux giardini delle meraviglie, dont la Villa d’Este.

« Fini le droit, il se consacrera à l’art du jardinage… A Este… pour remonter vers la demeure principale, le promeneur a le choix entre le chemin de la Vertu, escarpé mais rapide et celui de la Volupté à la pente plus douce mais considérablement plus long… » (p. 168-9).

A Vaux et dans d’autres lieux célèbres, il intervient en complémentarité de Le Nôtre, l’architecte.

Le potager est la fonction traditionnelle du jardin ; il s’agit de nourrir les habitants. Selon Alain Baraton, « le potager a quelque chose de beaucoup plus satisfaisant et sensuel que le parc » (p. 169). Nous sommes aussi à une époque où l’inventivité dans la culture est forte, grâce à l’apport de plantes et arbres issus des territoires nouvellement découverts.

 

A Vaux, il faut le vouloir pour trouver le Potager.

C’est le Parc qui domine tout avec une végétation faite principalement des buis…

 

L’architecte met en scène les principes de la Perspective.

A l’image des peintres de la Renaissance, notamment de Leon Baptista Alberti, il s’agit préalablement de créer un plan construit sur le point de fuite et la symétrie. L’ornementation et la couleur viennent par la suite. Il s’agit d’abord d’une construction rationnelle. Ce sera la différence fondamentale avec le jardin à l’anglaise qui vise à valoriser la nature elle-même.

 

«Au XVIIe siècle, l'homme est persuadé qu'il maîtrise tout, qu'il peut faire de la nature ce qu'il veut. En jouant sur les effets d'optique et en s'exonérant des saisons grâce, notamment, aux arbustes à feuillage persistant tels que le buis et l'if, et au décor minéral omniprésent (statuaire, vasques, plans d'eau…), le jardin à la française est l'illustration parfaite de cette vision du monde».

 

L’ordre semble triompher. Hercule – de l’autre côté du Parc - semble proche, la perspective est raccourcie. Avant de l’atteindre des surprises attendent le promeneur : la forme des bassins se précise ; une vallée transversale apparaît…

 

L’architecte a réalisé le tour de force de maîtriser la nature, créant le Parc en dépit des accidents originels de celle-ci, maîtrisant bien sûr aussi les apports en eaux pour faire jaillir les fontaines, selon le principe de la gravité. ; permettant des jeux d’eaux – les galantes promenades en barques… - et de miroir, le reflet du château sur l’eau…

 

Le Nôtre restera un fidèle serviteur du Roi au-delà du sort que Fouquet, l’écureuil constructeur du château, a subi.

 

 

Le jardin à l’anglaise est en complète opposition au style de jardin à la française par son agencement et ses formes irrégulières. Il en prend le contre-pied, aussi bien esthétiquement que symboliquement, en se proclamant avant tout paysage et peinture.

L’itinéraire n’est pas balisé : la promenade dans un jardin à l’anglaise laisse une grande part à la surprise et à la découverte. Pas d’allées rectilignes guidant les pas du promeneur mais plutôt une sorte « d’errance poétique ». Le jardin à l’anglaise est en somme une peinture vivante.

 

Un élément fondamental pour préciser la question du point de fuite à Vaux : la statue d’Hercule est exactement en face du prince des lieux sur le perron de son château. Le point de fuite est le miroir de l’artiste ; il révèle l’endroit où se trouve l’artiste.

 

 

Le hasard de nos déplacements, en vélo cette fois-là, nous a amené l’été dernier  (2021) au château de Thozée, ancien lieu de résidence du célèbre graveur namurois Félicien Rops. Un stage de dessin s’y effectuait et sur une table, le petit livre de Jorn de Précy, Le jardin perdu (Actes Sud, 2011, 131p.) était présenté.

L’auteur (1837-1916) était jardinier-philosophe anglais, d’origine islandaise. Il a influencé l’art des jardins dans l’Angleterre victorienne. Il a créé le jardin de Greystone, aujourd’hui disparu.

 

Intéressante est sa philosophie du Jardin.

« Travailler avec le génie du lieu –  le genius loci des Romains- c’est créer dans le lieu lui-même. On ne concoit pas un jardin dans la solitude d’un bureau… mais en interrogeant constamment le lieu… comprendre de quoi est composée sa végétation, de quelle manière le soleil le frappe et les vents le balaient… comprendre comment le site interagit avec le paysage qui l’entoure… Pour parvenir à cela, il faut apprendre l’art de regarder et celui de la patience… Essayez en somme d’accorder vos désirs à celui du lieu… » (p. 96-97).

 

Et John de Précy de narrer la visite qu’il fit du Jardin des Sceaux conçu par Le Nôtre.

 

« En dépit de mon aversion instinctive de Britannique d’adoption pour les jardins ‘à la française’, c’est dans le parc des Sceaux conçu par le jardinier Le Nôtre que j’ai saisi… la précieuse singularité du jardin … Je revenais d’Italie, la tête pleine de la magie des jardins de ce pays. Comme le dit Sir George Sitwell, … les français ont tout pris dans les jardins italiens sauf la  poésie…

Les grilles du parc étaient cadenassées… le parc était pratiquement abandonné… J’escaladai les murs de clôture et je me retrouvai dans un des lieux les plus merveilleux qui soient… Les suggestions du lieu étaient tellement fortes que, par instants, je croyais rêver… 

Parvenu au bord du bassin de l’Octogone, je m’assis et je me mis à contempler les reflets de l’eau morte des cimes des platanes qui entouraient le plan d’eau… ils avaient repris des formes naturelles, enfin libres…

Puis je la vis. Elle était debout au milieu d’une allée et regardait vers moi… La tête penchée d’un côté, elle réfléchissait. Elle repensait peut-être… au jour où le Roi-soleil était venu avec son cortège ridiculement pompeux… Ensuite, ses yeux ont rencontré les miens et elle m’a reconnu… Elle m’a  fait un signe de la main…C’était Flore, la déesse romaine des floraisons et du printemps… Son bonheur sautait aux yeux…

En sortant du domaine, je me suis dit que rien ne surpassera jamais en beauté un jardin jadis régulier… parfaitement maîtrisé, qui a retrouvé sa liberté. Le Nôtre soupçonnait-il, lorsqu’il dessinait le Parc avec la règle et le compas, que ce lieu n’atteindrait sa perfection qu’une fois à l’abandon ? » (p. 57-61).

 

 

Le Jardin est de l’ordre du secret, et du bonheur ; le Parc est de l’ordre du paraître, du pouvoir ; le Potager est de l’ordre des goûts et des couleurs… et du circuit court.

 

Le Jardin, le Parc et le Potager

 

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V
Trop magnifique !!-)<br /> Excellent le parallélisme … et le contraste entre jardin, parc et potager !-)<br /> Tous provenant de la Nature et de la main de l’Homme … de minière inégale !!-))
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