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La mort subi(t)e : le camp de Moria et la Covid

Depuis le début de la  pandémie, la mort rode autour de nous, un peu plus que d’habitude. Ce n’est pas très gai d’écrire un Billet d’Humeur sur cette question, mais ce n’est pas la première fois que je l’évoque.

 

Un fait d’actualité a éveillé mon attention à ce sujet.

Une carte blanche de Olivier De Schutter, Rapporteur spécial de l’ONU sur les droits de l’homme, explique : « Voici bientôt sept semaines que 470 personnes sans-papiers font une grève de la faim à Bruxelles afin d’obtenir la régularisation de leur situation administrative…Elles se trouvent chez nous, en moyenne, depuis sept ans,… La plupart des adultes sans-papiers travaillent, mais en tant que travailleurs et travailleuses informels, c’est-à-dire sans que cela ouvre un droit à la sécurité sociale. » Cette carte blanche vient d’être publiée le 8 juillet sur le Blog QU'ALORS Y FAIRE.

La situation semble encore bloquée : refus du gouvernement de reconnaître cette action  collective qui serait, selon lui, un précédent grave. Il en résulterait donc que toute solution humanitaire devrait rester individuelle. D’ailleurs, dans les rapports gouvernants/gouvernés, les premiers refusent en général toujours que les seconds se constituent en associations. Il en a ainsi été dans les rapports entre travailleurs et employeurs dans l’histoire sociale.

A propos du risque de mort, dans le cas qui nous occupe ici, il serait tentant de le comparer pour ces 470 grévistes, en regard de celui de la population depuis le début de la pandémie. 25200 décès dus à la pandémie, ont été identifiés officiellement, soit 0,227% des 11 millions de Belges… 1 morts sur les 470 grévistes donnerait ‘déjà’ 0,212%... Le risque de mort des réfugiés, particulièrment ceux qui se lancent dans la traversée de la Méditerranée dépasse largement celui du Covid.

En même temps que ce qui se passe chez nous, Arte diffusait ce 10 juillet un documentaire intitulé « Moria, par-delà l’enfer » : un film subtil au cœur d'un camp de migrants, véritable « prison à ciel ouvert ». Le documentaire raconte le quotidien de milliers de réfugiés regroupés dans un camp en Grèce où Maurice Joyeux, jésuite, tente de mener des actions dans ce contexte du pire. 

Vis-à-vis des réfugiés, vis-à-vis du Covid, la solution préférée est celle du confinement. Le confinement du type Moria me semble malheureusement avoir beaucoup de traits communs avec celui de Buchenwald – le fameux camp aux portes de Weimar, la grande ville culturelle de l’Allemagne – camp où vécut notamment Jorge Semprun. Patrik Rotman relate cette épisode dans son livre Ivo (Montand) & Jorge (Semprun) paru cette année chez Grasset (voir mon B.H. Destins croisés : Montand et Semprun du 14 avril 2021).

 

Or, dans le cas du Covid, l’énergie des gouvernements à combattre la mort est quasiment sans limite.

A tout le moins, on peut se demander comment nos gouvernants, aussi bien au niveau européen qu’au niveau national, acceptent de tenir ce grand écart, cet oxymore, dans leurs choix par rapport à la mort, des réfugiés d’un côté, des victimes de la pandémie de l’autre. Mais il semble, ce lundi matin, que la question du voile d’une commissaire du gouvernement fasse couler beaucoup plus d’encre que la présente question.

Quoiqu’il en soit, nos soins intensifs risquent d’être leur lieu de rencontre car, tout au moins en Belgique, la mort reste inacceptable du point de vue médical.

Nous avons une bonne bière typiquement belge La mort subite qui fait sans doute notre unité …; si l’on enlève le t, on a un résumé de la question…

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M
Bonjour Jean et merci pour ton dernier billet d'humeur.<br /> Comme Marc, je suis écoeuré par l'inaction du gouvernement face aux attentes des grévistes de la faim. Nous sommes tous sur le bateau fédéral. Et la Méditerrannée n'est pas à mille kilomètres d'ici. Elle est là, sous nos fenêtres. Mais, englués dans leurs peurs, nos capitaines refusent obstinément de détourner le navire pour porter secours aux sans-papiers qui se noient. C'est immonde et déjà trop tard pour nous faire accepter qu'au premier décès... <br /> Michel 
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M
Merci, Jean, pour ce billet. Je me sens indigné, révolté, écoeuré comme je ne l'ai plus été depuis longtemps !  On "politicaille" à la belge, autour d'une histoire ou soi-disant histoire de voile, mais on dit le moins possible, voire rien, à propos de ces sans-papiers en grève de la faim. On ne dit rien, on ne fait rien... doit-on comprendre qu'on attend qu'elles et ils craquent, ou, carrément, qu'elles et ils crèvent. De toute manière, pour certain(e)s les dégâts physiques (au niveau des reins, entre autres, et du coeur) sont probablement déjà irréversibles. Mais qu'est-ce que c'est que la vie d'une personne sans-papier (même si elle a, par exemple, comme c'est le cas pour certains de ces gens, contribué à la construction ou à la rénovation des stations du métro bruxellois) à côté de la glorieuse vie d'un milliardaire qui se fait envoyer dans l'espace ?  Poser la question, c'est déjà y répondre !  Honte, honte, honte ! 
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