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L'espion qui venait du froid

En juin 2019, nous avons marché sur le Pont de Glienicke dit pont des espions qui se situe à la limite entre l’ancienne DDR et la partie occidentale de Berlin.  

C’était à l’occasion d’un voyage au pays de Jean-Sebastien Bach, organisé par notre asbl arts Croisés.

Ce pont se situe entre Postdam, là où se trouve le palais Sans Souci – le nom convient-il actuellement ? - de l’ancien roi Frédéric II de Prusse, et Berlin.

 

Ce pont fut dénommé le Pont des espions.

Le pont Glienicker est devenu un symbole. Il a été reconstruit après la Seconde Guerre mondiale et, ouvert en 1949 en tant que Pont de l’unité ; il a été fermé à la circulation normale pendant près de quarante ans. Ce n’est que le 10 novembre 1989, un jour après la chute du Mur de Berlin, qu’il a été à nouveau libre d’accès. 

 

Durant la guerre froide, trois échanges d’espions y eurent lieu.

Le pilote américain Francis Gary Powers dont l’avion avait été abattu en 1960 au-dessus de l’Union soviétique et qui avait été fait prisonnier, fut échangé en 1962 contre Rudolf Abel, espion du KGB emprisonné aux États-Unis.

À deux autres occasions, des agents y changèrent de côté. Le plus grand échange de la période de la guerre froide eut lieu le 11 juin 1985. Près de 30 espions franchirent la ligne blanche, frontière, au milieu du pont. La plupart d’entre eux étaient des informateurs de la CIA. 

 

Le cinéma s’en empara par deux films.

 

L'un fut l’adaptation par Martin Ritt en 1965 du bestseller L'Espion qui venait du froid de l’écrivain britannique John Le Carré, film porté par Richard Burton et Claire Bloom.

 

Selon Jean de Baroncelli (Le Monde du15 mars 1966), l’espion en question était « un simple fonctionnaire que ses supérieurs manipulent comme un pion sur un vaste échiquier dont les secrets lui échappent. En fait il est dupé par ceux qui l'emploient. Non seulement on lui assigne une mission qui l'oblige à s'humilier en feignant la déchéance, mais on lui dissimule le but véritable de cette mission, si bien qu'à son insu il protège l'homme qu'il se croyait chargé de perdre.

Aucune " féerie " dans le récit de John Le Carré… aucune Aston-Martin et pas l'ombre d'une blonde ébouriffante ou ébouriffée, mais une accumulation de petits faits, généralement sordides ou insignifiants, un réalisme méticuleux et impitoyable destiné à nous faire croire à l'authenticité de l'histoire…La grisaille, le froid, la médiocrité, la honte, la peur, sont partout. A Berlin, dans cette zone sinistre qui sépare l'Est de l'Ouest ; à Londres, dans une bibliothèque minable, où Leamas (c'est le nom de l'espion) joue les ivrognes et les déclassés pour mieux appâter l'ennemi ; puis dans des baraquements de l'Allemagne communiste, lieux de cauchemar où se dénoue l'étrange comédie ; enfin au pied du trop fameux " mur " berlinois. » 

Selon Senscritique.com « Il y aurait d'autres trucs à dire : une réflexion intéressante sur la moralité des services secrets occidentaux par rapport à leurs homologues soviétiques (qui a perdu un peu de sa force depuis que la guerre froide est terminée, mais reste valable aujourd'hui)… »

Selon Arte TV qui a diffusé le film « Le cinéaste décrit un monde déshumanisé où les deux blocs rivalisent de cruauté et de machiavélisme, absolument symétriques et indiscernables dans leurs stratégies de trahison et de manipulation, au service d’idéologies opposées. Ce n’est pas un hasard si la victime désignée de toute l’opération est un agent communiste d’origine juive convaincu de la traitrise d’un dirigeant des services secrets est-allemand au passé nazi… ».

 

Le second film est celui de Steven Spielberg Le pont aux espions tourné en 2014.

Selon Deutchland.de « Le drapeau américain flottait du côté berlinois ; à Potsdam on avait à nouveau hissé les drapeaux de la RDA et de l’Union soviétique. Si, en novembre 2014, la vue du pont Glienicker mettait mal à l’aise, on se consolait en se disant comme tous les spectateurs apeurés « Ce n’est que du cinéma ». 

Toutefois, face aux coulisses du film, on se sentait facilement reporté à l’époque de la guerre froide. Pendant plusieurs jours, Spielberg a tourné des scènes sur le pont de l’Havel pour un film consacré au pilote américain Francis Gary Powers.

 

Ce qui se passe maintenant en Ukraine ne serait-il qu’un remake du passé ?

 

Poutine déclare haut et fort qu’il veut dénazifier l’Ukraine.

Effectivement l’armée de Staline a contribué à dénazifier l’Allemagne hitlérienne en 1945.

Il semble cependant que le sort peu enviable subi par les Juifs en Russie, reflété notamment dans les peintures du grand artiste Chagall, serait toujours bien présent dans les mentalités. 

 

Face à l’argument de Poutine, selon le président Zelenski, lui-même juif, "Il est important que des millions de Juifs à travers le monde ne restent pas silencieux""le nazisme est né dans le silence. Criez que des civils sont tués après des frappes russes près de Babi Yar. Criez que des Ukrainiens sont assassinés".

 

On a besoin de plus extrême (petit) que soi ; c’est sans doute ce qui rassure Poutine, vis-à-vis des Juifs.

 

Deux souvenirs pour compléter :

 

Revenons à notre voyage avec Arts Croisés : à Leipzig, nous avions assisté à un concert à l’église Saint-Thomas dont J.S.Bach était le Cantor.

Mais Leipzig fut aussi un haut lieu de résistance au régime de la DDR. Depuis 1982, des opposants se rassemblent tous les lundis à Nikolaikirche, pour le Friedensgebet, la prière pour la paix. Début octobre 1989, la tension monte. Les Allemands de l’Est continuent de fuir par milliers. Le samedi 7 octobre, à Berlin, Mikhaïl Gorbatchev rend visite au leader est-allemand Erich Honecker pour le 40e anniversaire de la République démocratique allemande. Le chantre de la perestroïka donne le «baiser de la mort» au dirigeant est-allemand. On attribue à Gorbatchev ces mots qu’il prononce à Berlin devant quelques journalistes: «L’Histoire punit les retardataires.» (source Letemps.ch). 

 

Patrick Rotman auteur du livre Ivo (Montand) & Jorge (Semprun) paru en 2021 chez Grasset, évoque leurs parcours depuis les années ‘30 et leur complicité nouée dans les années ’60. J’en avais fait ici un BH le 16 avril 2021. Retournés dans leurs pays d’origine, la Russie, la Hongrie, la Tchéquie, certains communistes qui réussirent à contrer l’horreur nazie par exemple au camp de Büchenwald à la porte de Weimar, furent soumis à cette logique au point d’avouer des faits que Jorge lui-même savait impossibles. Tel le cas de son ami Frank victime à Prague au procès Slansky.

Tel London dans l’Aveu dont le rôle fut joué par Ivo.

 

L'espion qui venait du froid

 

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P
Arts croisés 2016, sur les traces de Jean Sébastien Bach. Nous avions aussi pu suivre d'autres traces: à Leipzig, au pied de la colonne du souvenir, la plaque commémorative de la marche du 9 octobre 1989.<br /> <br />  
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L
Il y a beaucoup à dire. Mais je laisse la place aux plus experts que moi dans la gestion de l'armée, politique et diplomatique....etc.<br /> Pour Poutine: - J'ai raison ! je dois avoir raison ! et j'aurai toujours raison ! -<br /> On aura beau dire quoi que ce soit, il pensera son mensonge comme une vérité, il n'en démordra pas !<br /> C'est un paranoïaque, un manipulateur - un malade -<br /> La seule chose à faire : le mettre en état d'incapacité de nuire. Mais comment ?<br /> Prions et agissons pour l'Ukraine et l'Europe.<br /> Je sais ce que c'est de fuir seule, un peuple en guerre avec un jeune enfant (10 jours)...  mais ce n'était pas aussi terrible que ce qui se passe en Ukraine.<br /> Merci pour le commentaire très intéressant.<br />  <br />  
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