Nous avons rouvert la terrasse chez nous... petite réunion à six entre ami.e.s .
Bref, belle ambiance entre l’Italie dont revenait l’un des convives – il a dû se soumettre à une quarantaine pour laquelle il fut contrôlé – et trois amies ; tous de très longue date.
On a évidemment refait le monde, stimulés aussi par un bon Prosecco de la Vénétie, un blanc Reuilly élevé sur les bords de l'Arnon et de La Théols et un Lalande de Pomerol de Saint-Savin !
Bien sûr, on a refait le monde.
Un peu comme ces ados aperçus la veille au soir, entre chien et loup, aux abords du lac de notre proche cité universitaire.
Nos masques étaient tombés ; il fallait bien goûter tout cela et se laisser aller à dire certaines choses plus librement que dans le passé, et tout cela de manière aussi plus sympathique ; on n’éprouve plus le besoin de casser du sucre sur le dos d’un tel ou d’une telle, croyant ainsi gagner quelque galon…
Ce n’était pas bien sûr l’effervescence de la place Flagey samedi soir mais on s’est donné, sans trop s’en rendre compte, les moyens d’en sortir en commençant par faire sauter un bouchon !
Albert Camus nous l’avait rappelé : « Docteur, vous pensez que l’épidémie peut cesser comme cela, sans prévenir ?
Il vaut mieux ne pas encore crier victoire mais il est possible que le phénomène s’accélère…. Dans la ville, les rats reviennent. On n’en avait plus vu depuis le mois d’avril. Oui, c’est un phénomène étrange. J’ai également vu courir un chat…
Sauf imprévu, l’épidémie va cesser. Oui, mais il y a toujours l’imprévu.. »
On a refait le monde.
On a évoqué nos voyages du futur imminent, en Grèce pour l’une d’entre nous, en Turquie, au Liban… pour d’autres.
C’était l’occasion de nous rappeler quelques livres lus ces derniers temps. Notre passé mélangé à des évènements de l’actualité nous y incitaient.
Les tensions, sans doute un euphémisme, entre Israëliens et Palestiniens, ces jours-ci à Jérusalem ‘ville de la paix’ m’ont rappelé le livre de Metin Arditi, Rachel et les siens. Cette femme juive qui a traversé le vingtième siècle , née à Istanbul, ayant habité à Jaffa, qui a vécu l’écroulement d’une bonne convivance entre arabes chrétiens, musulmans et juifs et qui a traduit tout cela par le théâtre. Les Israëliens champion de la vaccination se permettent une nouvelle liberté…
Le livre Tous de Grégoire Polet, livre prémonitoire paru en 2017 qui imagine un renouveau politique de l’Europe par un mouvement de démocratie directe. Deux parties principales dans ce livre : la France où l’auteur pressent la montée de ce qui deviendra En Marche ; la Grèce où l’auteur révèle l’enjeu de l’exploitation du gaz naturel dans ses eaux territoriales qui, selon l’auteur, aurait pu permettre d’effacer la dette du pays.
Deux autres livres évoquaient des souvenirs de notre ancien monde, avant la chute du Mur, que nous avions connu et vis-à-vis duquel nous avions développé sympathie et aversion.
L’auteur albanais Ismaïl Kadare a notamment écrit Le Concert, publié en 1989. Il y développe l’ambition qu’aurait eu Mao, le grand timonier, de faire de l’Albanie, seulement cinq millions d’habitants, une tête de pont vers l’Occident pour réussir à affaiblir par la Marihuana, l’Europe selon lui principalement habitée par des intellectuels bien nourris… Une somme qui s’inscrit aussi dans les rivalités de l’époque entre la Chine et la Russie.
Le Soir de ce 6 janvier 2021 mentionnait (p.4) le fait que « L’équipe de l’OMS est en route vers la Chine… mais n’a pas reçu toutes les autorisations nécessaires … »
Kadaré se rapprocha de la Russie de Gorbatchev mais finit par s’exiler en France. Il fut pressenti pour l’obtention du prix Nobel de littérature.
Je n’ai pu manquer d’évoquer Ivo et Jorge, le livre de Patrick Rotman, paru cette année, à propos duquel j’ai écrit un BH Destins croisés, il y a quelques semaines. Autres témoignages de deux militants de la liberté ; Jorge ayant vécu l’horreur de Buchenwald résultante extrême des restrictions aux libertés de cette époque…
Bref, la Terrasse nous a permis de prendre l’air mais le confinement a continué à imprégner nos conversations.
Cela ne nous a pas empêché, lorsque la pluie a disparu, de faire le tour de notre jardin et de constater l’Eveil du printemps…