Un billet d’actualité au JT de la RTBF du 27 février dernier m’a frappé : le survivalisme a du succès en Allemagne. La population de Berlin particulièrement est passée par là durant le blocus de cette ville dans les années 1948-49. Des bunkers avaient été utilisés pour stocker des provisions étant donné l’incertitude du pont aérien instauré pour y faire face.
Avec le Covid, des témoins allemands expliquent que des provisions pour six mois constituent une bonne norme pour se rassurer.
Des souvenirs d’enfance me le rappellent : au moment de la guerre de Corée, au début des années ’50, mes parents avaient fait des provisions ‘au cas où’…
Il s’agissait de stocker des biens considérés comme essentiels, le café, le riz par exemple en étaient…
Cela ne devait pas être la cas en Russie à la même époque, selon l’idéal que rapporte Andreï Makine dans Le livre des brèves amours éternelles. La professeure d’histoire du jeune Andreï explique que dans la société communiste « Les gens… auront un autre type de conscience que nous. Les magasins seront pleins et tout sera gratuit mais chacun ne prendra que de dont il a besoin. Pourquoi accumuler si l’on peut revenir demain ? » (p.32, Points, Seuil, 2015).
Lors de la guerre du Golfe, début 1991, on s’assurait d’avoir assez de mazout pour se chauffer d’autant plus qu’on était en hiver ; des dimanches sans voiture, sorte de confinements avaient été imposés.
Mais l’an dernier, au moment du premier confinement, le phénomène est réapparu … et les rayons de nos magasins étaient vidés des papiers toilettes… bien que les gouvernants rappellent qu’il n’y avait pas de risque de pénurie.
Biens essentiels, métiers essentiels, le Covid aura au moins eu l’avantage d’attirer notre attention sur ce qualificatif… les cheveux en étant !
Mais lors des épisodes de Berlin, de la Corée, il s’agissait de la menace de la guerre que ceux qui nous ont précédé ont vécue en direct.
Sommes-nous en guerre ? Le président Macron l’a affirmé virilement au début du premier confinement. La force de frappe de la France devait se manifester.
Il est rassurant de savoir qui est l’ennemi, plus encore de l’identifier physiquement.
Le problème est qu’au stade actuel, prélude d’un troisième confinement (?), l’ennemi utilise une tactique de camouflage, d’ailleurs bien connue à l’armée et que l’on enseigne à tous les miliciens.
L’ennemi se camoufle en variants, en mutants, à propos desquels on explique qu’ils se transmettent plus vite, ce serait le cas du Britannique... comme quoi les frontières sont toutes relatives. Mais le réflexe est toujours bien présent : les conditions pour franchir la frontière entre l’Allemagne et le département français de la Moselle vont se durcir, à l’initiative des Allemands.
Y aurait-il encore dans cette région des réminiscences de la guerre de 1870… ?
L’ennemi semble devenir insaisissable, l’incertitude est d’autant plus forte.
Il me souvient d’ailleurs que les Occidentaux ont perdu des guerres vis-à-vis d’ennemis insaisissables.
La France particulièrement qui a subi la défaite de Diên Biên Phu au Vietnam. La France quitta la partie nord du Viêt Nam, après les accords de Genève signés en juillet 1954, qui instaurèrent une partition du pays de part et d'autre du 17è parallèle. Et les Américains prirent leur relais, pour abandonner la partie en 1975.
Il me souvient, qu’adolescent, le père jésuite titulaire de la classe de poésie, nous avait donné en lecture le livre écrit par un américain William Lederer, intitulé The Ugly American. Ce livre m’avait fasciné. Je l’ai retrouvé voici quelques années, dans une bouquinerie à Hoi An (au Vietnam) et l’ai relu. L’auteur, probablement catholique missionnaire en Asie, considérait lorsqu’il écrivit ce livre à la fin des années ’50 que les Américains ne pourraient gagner celle-là qu’à condition d’adopter la stratégie des Viet Kongs : parler la langue locale, se fondre dans la population, pratiquer une guerre ‘de tranchée’,comme l’ont d’ailleurs fait ceux-ci… et il eut raison.
Les Américains s’enlisèrent dans le bourbier vietanmien, sans pour autant avoir déversé le fameux agent orange qui, maintenant encore, fait naître des handicapés profonds.
Situation comparable pour l’Afganistan (de 1979 à 2015) que les Américains et les forces occidentales ont d’ailleurs abandonné.
La France a dû abandonner la partie en Algérie en 1962. Maintenant la France s’enlise au Mali dans les tentatives de maîtriser les forces islamiques extrémistes.
Relire le premier roman d’Alexis Jenni, L’Art français de la guerre où il apparaît que les Français n’ont rien à envier aux Américains dans leur guerre coloniale en Algérie.
Tout cela pour constater que les guerres menées avec des moyens de haute technologie semblent inappropriées pour lutter contre des maquisards qui acceptent des conditions de vie spécifiques et sont doués d’une forte motivation.
Il est certainement perturbant de lutter contre un ennemi que l’on n’identifie pas. L’application Coronalert lancée à l’automne 2020 n’a pas donné satisfaction ; on n’en parle plus.
En outre, des mutants sont apparus. Comme les Viet-Kongs, le Covid pratique la dissimulation. L’ennemi est moins identifiable.
Et nos politiques n’imaginent plus de recourir aux méthodes sévères du premier confinement. La tendance est en faveur d’une décentralisation, même la France pays traditionnellement le plus centralisé en Europe.
A l’époque du premier confinement, l’incertitude était liée à la méconnaissance que l’on avait du virus. La peur s’expliquait par la force et la surprise de l’ennemi. Le fameux Cygne noir de N.N.Taleb. On a certainement réussi à mieux le connaître mais les mutants brouillent les pistes. Toujours pas non plus de médicament pour en guérir, sinon les vaccins.
Mais les débats de Radio 1ère ce mardi matin 2 mars, illustrent en quelque sorte le désarroi.Le représentant de la Société des Médecins Généralistes, Thomas Orban démontre l’efficacité d’une médecine de proximité en regard des dispositifs lourds pour administrer le vaccins, en ce compris l’imbroglio dans l’organisation des convocations, sans compter les risques d’en révéler trop à propos des personnes ‘à risques’.
Oserait-on dire que les généralistes sont un peu les Viet-Kongs du Vietnam de l’époque ?