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Le Modèle

A l’atelier, nous dessinons régulièrement avec un(e) modèle.

La modèle est habillée car le lieu ne se prête pas à ‘autre chose’.

 

Faut-il pour autant qu’il/elle soit nu.e ?  Faut-il qu’il.le soit jeune ?

 

Ne pas se le cacher, on préfère un modèle nu ; les hommes, une femme et les femmes un homme, bien que, dans ce sens-là, c’est beaucoup plus difficile à trouver !

 

Mais pour autant, la nudité garantirait-elle un meilleur dessin ?

 

L’article Comme cul et chemise paru dans Le Soir du 8 juin, traite de la conception du vêtement à l’occasion d’une expo en cours au ModeMuseum à Hasselt.

Son autrice, Julie, soulève notamment l’évidente question corollaire : qu’est-il permis de voir, de ne pas voir ?

L’évolution de la morale sous-tend tout cela.

 

Pas nécessaire de faire un dessin à l’époque des talibans…

 

C’est, à propos du modèle, la question de ce qui se voit et ne se voit pas,  peut se voir ou ne pas se voir, grâce ou à cause du vêtement.

 

Cet article du Soir m’a rappelé le livre de Guy Goffette, Elle, par bonheur, et toujours nue paru en 1998 chez Gallimard.

Cet écrit concerne la relation du peintre Pierre Bonnard avec celle qu’il rencontra en 1894, qui fut son modèle sous le nom de courtisane qu’elle se donnait, Marthe de Meligny.

 

A cette époque comme maintenant, le vêtement était une source d’interdit.

 

« Saluons… Féréol Dedieu, le bien-nommé, qui, soucieux du confort féminin, réinventa le porte-jarretelles, petite révolution… car la jarretière est une reine jalouse de ses succès au music-hall et dans l’alcôve. » (p. 86).

 

« Ce qu’il y a de  plus excitant dans le bas, c’est le haut. Cette ligne où la chair montre son museau blanc comme à la lisière du bois le lièvre tout à coup qui met le chasseur en émoi, et sens dessous dessus celui qui n’a pas encore vu le loup. » (p. 85).

 

Malgré quelques accidents de parcours, dû sans doute à l’attirance éprouvée pour de jeunes modèles, Pierre revint toujours vers Marthe « la femme première et irremplaçable… » (p.97).

« De l’Etude d’une femme aux bas noirs de 1893… jusqu’aux Bas de 1927-28, l’intérêt de Pierre ne faiblit pas. » (p.87).

 

 

Marthe a  éprouvé de la lassitude, les années passent ; elle n’est plus « la jeune sauvageonne des débuts… (elle ne semble plus) reconnaître dans ces nus que Pierre a faits, l’image d’une autre, cette Marie de vingt ans qu’elle ne cesserait (avec les marques du temps) de lui cacher… » (p.95)

Continuer de poser pour rester jeune…

 

Mais Marthe a besoin de plus que d’être « sa muse, son inspiratrice, le patron visible ou dissimulé de ses tableaux… » (p.110).

Pierre épousera celle qui s’appelait en fait Maria Boursin, le 13 août 1925.

Pierre continuera à la peindre jusqu’à ce qu’elle s’éteigne, le 26 janvier 1942.

 

Une des illustrations de l’article du Soir Comme cul et chemise présente une combinaison qui fait ‘plus nu que nu’ selon le commentaire.

 

Un siècle plus tôt, selon Guy Goffette, Marthe « réfugiée dans sa cuisine ou couchée dans sa baignoire, est la nudité qui cache le nu et le fait surgir des tableaux » (p. 97).

 

La question reste la même mais faut-il vraiment que les apparences changent ?

 

 

PS : du 5 au 8 juillet, sera proposé à Court-st-Etienne un stage de dessin (avec modèle) .

 

Le Modèle

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